Un zeste de Sacha-Christ (la résurrection du participatif)

Affaire StaviskyBayonne, 1931.

Voici le beau Sacha. Il convainc le député-maire de monter un crédit municipal, un « Mont-de-Piété » .

Une petite « banque » on les plus déshérités peuvent emprunter de l’argent… à condition de laisser en gage des objets personnels.

Avec la complicité de fonctionnaires et d’élus, une gigantesque arnaque à 200 millions d’euros se met en place. Des bons de caisse sont émis sans aucun contrôle.

En 1934 le scandale éclate (avec déjà le Canard Enchaîné) aboutissant à l’étrange « suicide » de celui qu’on nomma ensuite l’escroc du siècle.

Cela fait des années qu’en tant qu’entrepreneur je navigue dans les eaux troubles de la finance. Comme beaucoup, après la « crise », je me suis interrogé sur l’argent, la banque, la dette… tous ces concepts qui me semblaient clairs, par exemple la fameuse légende des intérêts qui permettent aux prêteurs de vivre de cette activité. Je crois que le déclic a eu lieu quand j’ai appris que la France allait sauver ses banques (BNP, Société Générale…) alors que j’étais persuadé que le France « empruntait » régulièrement de l’argent à ces mêmes banques car sinon qu’était-ce donc que la dette de la France ?..

J’ai vu des tas de documentaires et d’articles pédagogiques concluant que la vraie question était de savoir « qui avait le droit de frapper l’argent i.e. qui avait le droit d’émettre de la dette ? » Or l’affaire Stavisky c’est la moelle. Des contrôleurs complices et des autorités mouillées. Et le fameux « too big to fail » jusqu’à ce que cela finisse dans la démission d’un gouvernement !

Paris, 30 Sept 2013.

runes et chamanismeJe vais à Bercy, Ministère des Finances, pour les 1ères assises de la Finance Participative. Évidemment à la bourre, le service de sécurité me demande « Vous êtes journaliste ? ».

Amusé je réponds « C’est compliqué. » Et hop, prenant cela pour un oui, les vigiles m’envoient illico vers une porte où se tient une session presse.

J’ouvre la porte et me retrouve nez à nez avec l'(ex)ministre Fleur Pellerin, pour une séance presse, avec une poignée de journalistes. Je me sens un peu obligé de poser une question. Ca tombe bien, j’en ai une. A la croisée de la finance participative et de la finance solidaire, à propos des titres participatifs. Madame la ministre répond à côté.  A sa décharge la question est technique car faut-il le rappeler, le crowdfunding equity est bien loin des thématiques de la finance solidaire (voir notre billet là-dessus).

Une fois sorti, je cherche désespérément la plateforme WiSeed avec laquelle je fomente justement depuis plusieurs mois une opération innovante pour émettre des titres participatifs avec leur plateforme equity. Cela s’appellerait WiCoop et ce serait donc une première en France. Il faut juste s’assurer que Bercy comprenne. C’est pas gagné.

Je croise les fondateurs de Kisskissbankbank, Ulule et d’autres challengers. Que des jeunes en baskets dans un repaire de costumes à cheveux grisonnants qui d’ailleurs sont là pour savoir qui racheter.

Rue de Marseille, Paris, 27 Mai 2015.

Demain Le FilmJe vais avoir 33 ans, l’âge christique. Je traîne à Paris et je me rappelle que chez Centre Commercial, il y a le lancement du crowdfunding pour Demain Le Film. Il y a Cyril Dion et aussi Mélanie Laurent (mais comme je suis inculte, je la salue poliment sans savoir qui c’est). Et d’autres amis qui sont dans l’euphorie car le lancement de cette campagne est un triomphe. Or, quelques minutes auparavant, j’ai eu un coup de fil du directeur de WiSeed qui m’informe qu’il annule notre opération avec eco-SAPIENS.

Ça faisait juste 8 mois que nous travaillons dessus. Nous avions fait le déplacement en train à Toulouse pour peaufiner cela quelques jours avant et la collecte d’intentions avait déjà démarré. Bref, un vrai coup de poignard dans le dos qui fait que malgré la bonne humeur des copains, j’avais la tête ailleurs.

Pour infos, le Wiseed dédié aux coopératives existe désormais… mais sans nous. Pour nous ça a plutôt été un oui-cide

Avec nos amis d’Ethiquable (qui d’ailleurs nous avait filé un rapide coup de main quand nous travaillions sur le montage).
J’ai pas mal d’anecdotes truculentes sur ce dossier « financement participatif pour l’économie sociale et solidaire » mais j’ai peur de m’égarer. Car n’en déplaise aux apparences, ce billet suit une certaine logique !

Je vais avoir 33 ans dans 3 jours. Et, croyez-le ou non, on m’a crucifié 3 jours trop tôt !

L’Archipel, Paris, 17 Mars 2016

m6w9Une chapelle vers Saint-Lazare (tiens lui aussi a réssucité !). Immaculée Conception. Ancien siège de l’INPI. Etrange. Les alcôves sont remplies de livres. Drôle de mélange où la grandeur religieuse expose des encyclopédies et des romans policiers… C’est L’Archipel.

La Nef (sic! ), la banque éthique dont nous vantons les mérites depuis toujours organise un évènement pour présenter leur nouvelle plateforme de crowdfunding. Cela s’appelle Zeste. Au début j’ai trouvé le nom assez nul à cause de sa consonance de zozotement. Et puis j’ai vu que ca tournait au jeu de mots : « pour soutenir ce projet, faites un zeste ! ». Bon.

Et puis je me suis souvenu que M6 avait créé une chaîne qui s’appelle W9 parce que c’était la même chose à l’envers. Et j’ai observé que ce Z de Zeste c’était le N de Nef à qui on avait plus modestement fait un quart de tour. Bref, la Nef c’est la banque et le Zeste c’est la même chose mais en 2016 : éthique, coopératif, transparent… et numérique.

Mardi 29 Mars, Ministère des Finances, Paris

J’arriverai un peu en retard aux 3èmes assises de la finance participative. On me demandera si je suis journaliste et je répondrai là encore d’un ton amusé que c’est compliqué. Des banquiers « conventionnels », ceux dont on rappelle chaque jour leurs frasques dans les paradis fiscaux, vont se féliciter de l’essor du crowdfunding qui leur permet de prendre une commission sur des projets qu’ils ne financent pas. Il y aura les plateformes historiques, pionnières, celles qui ont défriché un terrain miné (BlueBees, KKBB, Ulule…) qui ont gardé leur fraîcheur éthique avec les années. Il y aura les plateformes qui m’agacent, celle qui, à la manière du beau Sacha, se financent entre elles parce qu’elles ont péniblement gagné cet agrément.

Ou peut-être que je ne pourrai même pas rentrer. Qu’en fin de compte, c’est moi le beau Sacha à m’inviter clandestinement dans les cénacles de la phynance. Et les vigiles m’arrêteront en disant : « Halte là ! Plus un zeste ! »

 

zeste

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