Le pigeon a-t-il encore de la magnétite dans la tête ?

On croit bien connaître les pigeons tant ils nous côtoient tous les jours. Il est l’un des rares animaux sauvages à pouvoir être approché de très près sans déguerpir. Par contre, il est insaisissable, prenant son envol au moment même où il semblait à portée.

On croit bien connaître les pigeons mais en réalité on n’a toujours pas éclairci le mystère de son sens de l’orientation. Scoop ! Ce sont des fragments de magnétite (le métal des aimants) qui lui donneraient ses étonnantes facultés d’orientation. Malheureusement, la revue Nature a récemment démenti cette légende. Point de boussole dans la tête de nos chers oiseaux des villes, nos chers oiseaux technophiles.

Bref, qu’on l’appelle tourterelle, colombe ou geonpi, voilà un énergumène familier et pourtant énigmatique. Qu’il soit turque, biset ou ramier, nous devons avouer notre incapacité à comprendre comment ils s’orientent, ce qui les dirige… ces dirigeants !

Vous me voyez venir àMince alors.

Donc moi même je suis pigeon, c’est à dire dirigeant d’entreprise, qui plus est dans le web. Et pourtant, telle la chauve-souris de La Fontaine (voyez mes ailes je suis oiseau, voyez mes pattes je suis souris) il m’est difficile de porter la bannière des mes pairs (d’ailes ! aha).

 

Et donc je ne suis pas pigeon.

Certes, les entrepreneurs ne sont pas du genre à aller manifester et donc ils souffrent en silence.

Oui il est stressant et chronophage de créer une boite. Et souvent on se paye pas bien. Et les impôts, et la loi qui nous empêche etc.

Quoi de nouveau sous le soleil ?

Mais enfin c’est le monde à l’envers cette polémique. Aujourd’hui la revendication anonyme des pigeons est incarnée récupérée par la présidente du MEDEF qui fait preuve, pour une fois, de solidarité avec des « sans parole »… Petit rappel historique, le CNPF s’est renommé MEDEF pour troquer le terme « patron » pas glamour en « entrepreneur » bien plus sympathique dans l’imaginaire collectif. Il y a pourtant une différence entre « entreprendre » et « diriger » (surtout quand il s’agit d’une rente – précisons que ni Laurence Parisot ni le baron Seillière n’ont entrepris, c’est à dire créé une vraie boîte).

Comme les pigeons auraient mieux fait de manifester contre ce hold-up sémantique.

Il ne s’agit pas de dénigrer, mais de rappeler que les mots ont un sens, et que si j’étais pigeon jusqu’au bout des ailes, j’aurais mal au bec de me voir représenté par des personnes qui n’ont pas mon ADN.

Bref, de quoi parle-t-on au final àDes dirigeants d’entreprise en général àDes patrons rentiers àDes jeunes fougueux bricolant une start-up en pépinière àDes auto-entrepreneurs même ?

Alors même si la page facebook des pigeons se défend d’avoir des représentants, ce n’est pas un hasard si leur revendication a trouvé un écho auprès de certains porte-parole.

Bien entendu je ne me reconnais pas dans toutes ces revendications. Ca ne veut pas dire que j’approuve la loi de finances et la taxation majorée sur les reventes. Je trouve juste l’argumentaire digne de considérations économiques tellement éculées… outre qu’il serait intéressant de regarder aussi tout ce que donne l’Etat aux entreprises : aides à l’embauche, subventions, crédit d’impôt, zones franches, réductions, exonérations, et bien sûr… contrats publics !

A les entendre, on n’a presque le sentiment que l’objectif de l’entrepreneur moderne est la plus-value sur la cession. Il trime, se mouille, prend des risques bien entendu; mais quelles en sont les motivations « Le salut final dans le jackpot d’une revente au plus offrant.

Si la revente est une finalité, alors il y a un certain paradoxe. On ne peut prétendre vouloir créer de la richesse et créer des emplois (quel altruisme !) dans l’attente d’une revente, pourquoi pas auprès de multinationales étrangères qui vont immédiatement rationaliser les coûts.

Bref, délaissons les pigeons qui créent dans l’objectif de la revente. Ils existent certes. Mais j’ose croire qu’ils sont moins nombreux que l’immense majorité d’entrepreneurs qui ont pris ce risque :

1) pour ne pas avoir de patron (de pigeon !)

2) pour exprimer leur créativité

3) pour trouver un sens à leur travail

Trois motivations qui, si nous compatissons avec l’autre versant du travail que sont les salariés, sont loin d’être anodines. Liberté, créativité, sens. C’est pas des vains mots…

Or, la liberté a un prix. J’invoque encore ici La Fontaine et son duo chien-loup.

J’aurais tant aimé pouvoir exprimer pleinement une solidarité avec les pigeons s’ils avaient parlé autre chose que fiscalité et pognon. Aucune considération sur la finalité de leur entreprise par exemple. Aucune mention de la gouvernance, de la manière dont nous pouvons créer des entreprises avec un autre visage. D’ailleurs j’attends la position des dirigeants de SCOP (coopératives) ou plus largement du MOUVES, le mouvement des entrepreneurs sociaux.

Evidemment, il est dur de ne pas tomber dans les généralités quand on parle des entrepreneurs. Chacun ses raisons et ses hasards. Certains de mes amis, revendiqués pigeons,ont leur bonne raison. Mais cette généralité, je me suis la prise aussi en pleine figure. Dorénavant, le grand public va associer l' »entrepreneur » avec un blogueur/créateur de startup les yeux rivés sur la maximisation de la valorisation de sa boite.

Bref, nous aurons définitivement dénaturé le terme « entrepreneur » pour le ramener dans un giron court-termiste alors que nous avons besoin d’imaginer entrepreneuriat de demain, affranchi des objectifs seulement financiers.

Car comme disait Laurence P. « Sans employeurs, pas d’emplois »…

Mais ce qu’elle oublie Laurence, c’est que « sans employés, pas d’emplois non plus ! »

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